Mais comment Diable le mignon d'Hermès, un Grec pas plus illustre que vous et moi et de mauvaise vie de surcroît, est-il parvenu à s'inviter à nos ripailles de Noël? Qui est donc celui d'entre nous qui l'a laissé rentrer, au risque de le voir aussi s'incruster pour les célébrations de l'année nouvelle? Hein, qui? QUI? Certes, nous sommes une famille du monde (pas au sens de Gotha mais de plutôt au sens de multiculturelle, qu'on ne se méprenne pas) mais bon, quand même, un Grec...

Recette de la salade d'oranges au safran de ma tantine Anna

ou Saffransapelsiner

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Bon allez, je ne jetterai la pierre ou l'orange (vous comprendrez plus tard) à personne car il est habile ce Krokos, et rusé, capable de brouiller les pistes, de faire se perdre en conjectures le plus érudit de tous les historiens, d'être à la fois tout et son contraire... Bref, insaisissable Krokos!

Mais je suis tenace, et tel le commissaire Verjat dans Adieu Poulet (j'espère que je ne finirai pas comme lui, muté à Montpellier parce qu'il était sur le point de faire sauter la République avec ses révélations!), j'ai retrouvé sa trace au Krokos, euh, au coco, enfin, vous avez compris. Et ma foi, ce que j'ai découvert va en laisser pantois plus d'un.

Mais commençons par le commencement, si vous le voulez bien, et tout d'abord laissez-moi vous présenter l'infâme Krokos, l'ami d'Hermès, ce dieu païen des voyageurs, des commerçants et des voleurs (eh, eh, ce n'est pas l'envie qui me manque, mais je ne ferai aucun commentaire sur le lien sous-jacent entre commerçant et voleur... Et puis déformation oblige, je ne retiendrai là-dedans que l'information capitale selon laquelle il était le protecteur des brigands de tous bords, ce qui me conduira inévitablement par la suite à m'interroger sur les antécédents judiciaires de son mignon!).

Notre Krokos, donc, sachez-le, -qui n'est pas un Dieu, ni même un demi-Dieu-, ne tient sa renommée (relative, j'en conviens) que d'une incroyable maladresse qui le conduisit à se blesser mortellement alors qu'il jouait avec son ami Hermès à se lancer le disque (Je vous laisse imaginer la scène, ça peut valoir le détour! Presque aussi mythique que la partie de jokari mortelle dans OSS 117, "Le Caire, nid d'espions"!). Mais revenons à nos païens: selon la légende, à chaque goutte de sang perdue par Krokos, une fleur s'épanouit, qu'on appela Crocus et dont les stigmates sont aujourd'hui les épices que les Perses, premiers cultivateurs du beau bulbe, baptisèrent alors Sa'faràn.

Pardonnez-moi encore cette digression mais ça me chatouille le nez: Hermès, il n'avait pas son brevet de secourisme ou quoi? Parce que le pôv Krokos, s'il perdait son sang goutte après goutte, il ne devait pas souffrir d'une blessure trop importante. Ou alors... ou alors, Hermès a voulu s'en débarasser: il le blesse, l'abandonne dans un fourré de l'Olympe et ne signale sa disparition à Zeus que plusieurs jours après... Mouais, c'est pas le crime parfait, mais à l'époque, sans ADN et sans caméras de surveillance un peu partout, ça pouvait passer...

Bref, d'un banal accident de disque, est né un trésor ocré qui, longtemps, fut une monnaie d'échange au cours plus élevé que l'or pur. Mais pareille naissance ne pouvait augurer que d'un destin hors du commun. Et c'est ainsi que mes recherches m'ont conduit à retrouver le Safran, quelques centaines d'années plus tard, utilisé comme produit cosmétique par la Divine-sans-nez (à cause d'Obélix). Cléopâtre aimait, en effet, à en verser une tasse dans son bain... Par curiosité, j'ai consulté quelques représentations de la reine d'Egypte et j'avoue que, maintenant, à l'aune de ces révélations, je lui trouverais bien un petit teint jaunâtre...

Plus tard, et c'est là qu'on fait le lien avec la chute de ce billet, le Saffran (tel qu'il s'écrit en suédois) est l'un des ingrédients majeurs de l'Elixir... du Suédois, connu des herboristes pour ses vertus médicinales depuis le XVIIIème siècle. Mais pourquoi la Suède puisque, à cette époque, on ne le cultive pas dans ce pays? Peut-être grâce au développement des échanges marchands... Chai pô. Si vous avez une idée, écrivez-moi car ça m'intrigue. Toujours est-il que l'ocre épice est alors parée de qualités phytothérapeutiques.

Mais ça n'est pas tout. Le Safran serait aussi aphrodisiaque (ah, tout s'explique, Krokos, Hermès...) mais je ne m'étendrai pas sur le sujet:)

Enfin, et là, j'avoue je ne suis pas allée recouper plus avant mon unique source car cette vertu singulière, même si elle n'est que légendaire, me plait particulièrement...

Le safran est supposé être un euphorisant puissant. Il serait même à l'origine de crises de fous-rire mortelles...

Ben, allez-y si vous ne me croyez pas. Essayez avec les éléments les plus rébarbatifs et rabat-joie de votre famille à l'occasion de ces fêtes... J'attends vos commentaires avec impatience:)

Attention, cependant, j'attire votre attention sur le fait qu'à haute dose, c'est-à-dire 5 grammes, le safran serait létal. Alors, pas de bêtises hein? Je ne voudrais pas être mise au cause pour complicité de meurtre par provocation, fourniture de moyens, aide ou assistance (art. 121-7 du code pénal), suite au décès de l'un de vos proches par fou-rire inextinguible. Parce que là, Verjat, c'est pas à Montpellier qu'il va se retrouver mais au trou à la Santé!

Bon, voilà, tout ça pour dire que ma potion magique anti-Noëlite aigüe (cf billet précédent) va être battue à plate-couture par l'Elixir de ma tantine suédoise Anna qui rassemble à lui seul d'incroyables vertus médicinales, cosmétiques, aphrodisiaques et euphorisantes. Car quoi demander d'autres en cette période de festoyades ininterrompues qu'un remède capable de vous faire digérer sans broncher du foie gras, du jamon espagnol essstra, des langoustines, des terrines diverses et variées... PUIS... du canard aux navets caramélisés, de la dinde aux marrons et des cardons...PUIS... du fromage..PUIS... des bûches à la vanille et au praliné...PUIS...de la tarte amandine aux mûres...PUIS...des papillotes (un jour, bientôt, je vous raconterai l'histoire de monsieur Papillot dont je pensais qu'il était mondialement connu mais non). OUFFFFF.

Dés lors, donc, je m'incline et je lui laisse la parole pour présenter sa p'tite recette traditionnelle de salade d'oranges au safran. Quant à moi, je pars ré-ouvrir le dossier judiciaire de la mort du pôv mignon d'Hermès. L'affaire n'est pas claire, mais alors pas claire du tout, foi de Verjat!


Saffransapelsiner

ou

Recette de la salade d'oranges au safran de ma tantine Anna

Pour 4 personnes

Temps 20 min + 1h

Ingrédients:

  • 4 oranges

  • 2 dl eau

  • 2 dl sucre

  • 2-3 anis étoilé

  • 1 bâton de cannelle

  • ½ g de safran

  • 4 clous de girofle

  • 2 dl de crème fraîche

Recette:

Pelez les oranges. La peau blanche doit être enlever aussi. (Peler à vif) Coupez en tranches ou demi tranches. Faites bouillir l’eau avec le sucre, plongez-y les épices, laissez frémir 5 min. Versez sur les oranges quand le mélange est devenu tiède. Refroidir au moins 1h. Servir avec de la crème fraîche battue en chantilly.

Cette salade se garde bien un jour si on enlève les épices...

...Mais Anna suit rarement une recette… "Pour Noël j’avais diminué le sucre (1.5 dl) et j’ai diminué un peu le safran. A vous d’élaborer comme vous le souhaitez… "

(Aussi, en Suède, on travaille en décilitre au lieu de centilitre et gramme : 1 dl = 10 cl et 1 dl de sucre = 85 g)

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Smaklig måltid*

*je me refuse à traduire: vous aurez compris par vous-même!