...incarnation de l'idéal de régulation sociale

Oui, je comprends votre désarroi devant ce titre et ce sous-titre mais laissez moi une chance et lisez jusqu'au bout...

Recette de truffes de Noël:

chocolat blanc épicé

chocolat noir corsé de rhum

et  autres fantaisies

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Il y a quelques jours, alors que je me livrais à quelques inhabituelles mondanités professionnelles, j'ai reçu un appel téléphonique d'un petit Loulou de 4 ans qui me dit, après avoir pris une longue inspiration et sans même me saluer, un peu comme si j'étais dans son salon et qu'il tournait la tête vers moi pour m'interpeller... Donc, petit Loulou me dit d'un ton ferme et sans appel mais non dénué d'une espèce d'appel au secours craquant (oui, je sais, je décrypte bien le petit Loulou): "Tata, à Noël, chez Guy et Micheline, on va faire des truffes au chocolat parce que le boulanger qui vient à mon école, il nous a montré comment on faisait des truffes et même que j'en ai goûté une et c'est très bon. Donc tata, on va faire des truffes et je te passe maman"... Euh, adiou mon loulou.

Et là, voyez-vous, j'ai eu une pensée émue pour la maîtresse et pour ce qu'elle venait d'organiser. Non, non, ne vous méprenez pas, je ne pensais pas à la mise à sac en règle de sa salle de classe orchestrée par 2 petites mains multipliées par 25 patouillant dans le chocolat et la poudre de VanHouten, ni à la découverte, à l'issue de cette séance d'éveil culinaire, d'une version moderne de ce chef d'oeuvre d'art pariétal* :) que sont les fresques de la grotte de Lascaux sur les murs de la pièce...

Oh non, ma pensée émue, elle était dédiée au courage de cette maîtresse de maternelle qui a osé s'affranchir de la lourdeur de son administration de tutelle pour organiser un atelier "truffes" dans sa classe, assumant l'entière responsabilité d'un hypothétique choc anaphylactique! Mais c'est une récidiviste cette coquine de maîtresse puisque, déjà il y a quelques mois, elle avait accueilli ce même homme de l'art pour un atelier "boulange" que les petits avaient, à l'unanimité, particulièrement apprécié.

Et en ces temps contrariés où les petits plats "maison" n'ont plus droit de franchir les portes des écoles maternelles, cette résistance mérite d'être relevée, voire saluée. Encore une fois, je vais puiser dans mes souvenirs d'école au risque de paraître bien conservatrice pénible. Tant pis. Vivre avec son temps n'empêche pas de souhaiter défendre quelques bons vieux principes et avoir conscience de ce qu'on mange me semble un devoir, afin d'éviter certaines dérives...

Alors, voilà, on a tous des souvenirs de goûters d'anniversaire à l'école. Nous, avec ma soeur, lorsque nous étions petites, notre papa avait l'habitude de confectionner pour nos anniversaires respectifs un ÉNORME gâteau que l'on portait fièrement à l'école et que l'on déposait dans le frigo des "dames de cantine" avant de le manger au goûter. Je me souviens même d'une fois où le gâteau tout chocolat glaçage chocolat était tellement gros que tout le monde en avait eu une part à la cantine à la fin du repas. Notre papa, tout papa poule qu'il était, n'était pas une exception. Car à  l'époque, rappelez-vous, c'était en quelque sorte une tradition que d'apporter à l'école des petites pâtisseries "maison". Et je n'ai pas souvenir que nous ayons souffert une  seule fois d'intoxication alimentaire ou que sais-je encore! A l'occasion des kermesses de fin d'année ou pour financer un voyage scolaire, tout le monde proposait des petites gourmandises "maison". On faisait des crêpes à la chandeleur, on apportait des bugnes également...

Aujourd'hui, toute cette convivialité et tout le plaisir des découvertes culinaires a disparu au nom d'un sacro saint principe de précaution érigé en dogme absolu. La nourriture "maison" n'a plus droit de cité à l'école. Passer quelques parts de gâteau en contrebande dans un petit sac à dos d'écolier est un délit absolu. C'est le règne de la méfiance et de la psychose alimentaire, de la nourriture aseptisée, garantie sans microbe et sans maladie. Aucun risque d'intoxication alimentaire, aucun risque de dépôt de plainte de parents à l'encontre du directeur de l'école et de l'instituteur...ou des présidents bénévoles d'associations de parents d'élèves qui tentent pourtant de lutter contre l'inertie imposée par l'Administration pour récolter un peu d'argent afin d'offrir aux enfants un peu plus de matériel scolaire ou des sorties pédagogiques. Et on s'étonnera ensuite de la désaffection dont souffrent ces assoc'... (mais la maman de petit Loulou, elle, elle vous en parlerait bien mieux que moi car c'est elle qui nous a fait découvrir le parcours du combattant d'une  présidente d'assoc' de parents d'élèves).

C'est triste, non?

Car petit Loulou, lui, il est ravi quand il fait de la pâtisserie ou de la boulange à l'école: il voit les différents ingrédients qui vont composer ce qu'il va manger, il voit les différentes étapes de la réalisation de la recette, il voit les couleurs et les textures changer et enfin, quand il déguste sa truffe au chocolat ou son petit pain, il l'apprécie d'autant mieux qu'il sait, maintenant, comment ils sont faits. Alors il est fin prêt pour transmettre à son tour son savoir et recruter tata, M&G et tous les autres, pour faire des petites douceurs de Noël et les offrir à toute la famille, reproduisant en cela... un ancestral potlatch, base de l'échange et de la communication au sein de nos sociétés.

Elle est pas belle la vie?**

Oui, je sais, c'est plutôt utopique d'estimer, à l'heure d'aujourd'hui (j'adore cette expression absurde), que la nourriture puisse encore occuper une fonction sociale dans notre monde, à l'instar du travail ou de l'argent. D'ailleurs, j'en entends certains ricaner en pensant que le bonobo a de plus beaux jours devant lui que l'artisan pâtissier pour assurer la régulation de nos sociétés modernes. Hum, l'idéal, ce serait un mélange des deux... un bonobo cuisinier...hé hé hé.

Bon, c'est pas tout ça, on parle, on parle, mais j'ai quand même réussi à finir mes petites truffes de Noël. C'est la faute de petit Loulou, c'est lui qui m'en a donné envie. Comme de bien entendu, je me suis enflammée. Après avoir réussi à dompter les truffes au chocolat blanc épicé au spéculos, j'ai tenté les mêmes aux pistaches, puis aux amandes et zestes d'orange, puis aux biscuits roses de Reims... ET emportée par mon élan et ma générosité, j'ai enchaîné avec des truffes au chocolat noir corsé de rhum au cacao amer, aux spéculos, aux pistaches et aux pépites de noisettes et cacahuètes caramélisées ! ... ET c'est tout, parce que, pour le coeur de pralines roses, vous repasserez plus tard :).

Truffes au chocolat blanc épicé      

(j'ai emprunté les proportions à La Cuisine de Fabrice. Que l'auteur de ce blog en soit ici remercié!)

Ingrédients (pour environ une vingtaine de petites truffes):

  • 200 g de chocolat blanc pâtissier  du commerce (oui, j'imagine que c'est bien moins savoureux que leValrhona)

  • 10 cl de crème entière liquide

  • 1 cuillère à café de 4 épices moulues (cannelle, gingembre, girofle, muscade)

  • 20 g de beurre

  • 5 spéculos

  • 60 g de pistaches émondées non salées (le surplus m'a servi pour les truffes au chocolat corsé)

  • 5 biscuits roses de Reims

  • 30 g d'amandes effilées

  • le zeste d'une demi orange

Recette:

Dans une casserole, versez la crème et les épices et portez à ébullition. Hachez (on hache le chocolat?) finement le chocolat avec un couteau. Hors du feu, incorporez le chocolat dans la crème chaude et mélangez jusqu'à ce que la préparation soit bien lisse. Ajoutez alors le beurre et mélangez jusqu'à ce qu'il soit parfaitement incorporé à la préparation.

Débarrassez dans un bol et placez au réfrigérateur un certain temps (héhé! Ça me rappelle un sketch!). Personnellement, j'ai le mauvais oeil avec le chocolat blanc. Il met excessivement longtemps à durcir! Pour  ne prendre aucun risque, je l'ai donc laissé 6 heures, oui, 6 heures dans mon beau frigo neuf!

Pendant ce temps, pour vous avancer, mixez les spéculos pour en faire de la poudre. Faites de même avec les biscuits roses de Reims, les amandes émondées et les pistaches. Prélevez les zestes d'orange et incorporez-les aux amandes mixées.

Lorsque vous estimez que le chocolat est suffisamment ferme pour se comporter docilement entre vos mains, prélevez-en une petite quantité avec une cuillère à café et façonnez-la entre vos paumes jusqu'à former une petite boule. Roulez-la ensuite dans l'un des divers enrobages prévus (choisissez-en un mais évitez de les rouler successivement dans toutes les préparations, le mélange risque d'être surprenant. Oh et puis, faites comme vous voulez mais ne venez pas vous plaindre:).

Petite_composition_de_truffes

Recette des truffes au chocolat corsé de rhum

Ingrédients (pour environ une vingtaine de petites truffes):

  • 225 g de chocolat

  • 25 cl de crème entière liquide

  • 60 g de beurre

  • 3 bonnes cuillères à soupe rasades de Rhum Havana Club 7 ans d'âge ramené de Cuba par M&G. Vous comprenez maintenant le nom de la recette: le chocolat corsé de rhum et non le chocolat corsé, au rhum:)

  • 3 cuillères à soupe de cacao amer VanHouten

  • 3 cuillères à soupe de pépites de noisettes et cacahuètes caramélisées (que l'on trouve dans le commerce au rayon des préparations pour gâteaux)

  • le reste des pistaches mixées

  • le reste des amandes mixées

  • le reste des spéculos mixées

Recette:

La préparation est identique à celle des truffes au chocolat blanc, à la seule différence que le temps de "prise" du chocolat noir est inférieur à celui du chocolat blanc. 3 heures au réfrigérateur sont donc suffisantes avant de commencer à façonner vos truffettes! Bon d'accord, je répète les différentes étapes pour les retardataires!

Dans une casserole, versez la crème et le rhum et portez à ébullition. Hachez (on hache le chocolat?) finement le chocolat avec un couteau. Hors du feu, incorporez le chocolat dans la crème chaude et mélangez jusqu'à ce que la préparation soit bien lisse. Ajoutez alors le beurre et mélangez jusqu'à ce qu'il soit parfaitement incorporé à la préparation.

Débarrassez dans un bol et placez au réfrigérateur un certain temps (héhé! Ça me rappelle un sketch!). La blague marche également pour le chocolat noir comme vous pouvez le constater. C'est ce qu'on appelle le comique de répétition:).En fait, donc, 3 heures au réfrigérateur suffisent.

Lorsque vous estimez que le chocolat est suffisamment ferme pour se comporter docilement entre vos mains (re-comique de répétition), prélevez-en une petite quantité avec une cuillère à café et façonnez-la entre vos paumes jusqu'à former une petite boule. Roulez-la ensuite dans l'un des divers enrobages prévus et dégustez avec un bon café.

Fantaisie de truffes en bouquet!

Mosa_que_de_truffes_chocolat_es

Moi, mes préférées sont sans contexte les truffes blanches aux amandes et zestes d'orange et les truffes noires aux pépites de noisettes et cacahuètes caramélisées. Mais, encore une fois, les goûts et les couleurs...etc, etc, etc!

Euh.. pour le cuisinier bonobo ou le bonobo cuisinier, je ne voudrais pas être insistante lourde mais...euh, si vous en connaissez un..., je suis preneuse... D'avance merci!

* Mais qu'est-ce donc l'art pariétal? Non maman, non Anna et non Juliane, ça n'a rien à voir avec un terme médical, style os du crâne ou douleur thoracique. Dans le cadre de l'étude de l'art préhistorique, l'expression « art pariétal » désigne l'ensemble des œuvres d'art au sens large (sans appréciation esthétique) réalisées par l'Homme sur des parois de grottes. Elle correspond à l'expression anglaise "cave art" et la plupart des auteurs l'opposent aujourd'hui à l'art rupestre, (art sur rocher ou rock art) mais aussi à l'art mobilier (que l'on peut déplacer) et à l'art sur bloc (merci Monsieur Wikipédia, tu n'es pas toujours une source d'information très sûre mais là, je m'incline !).

De là à dire que petit Loulou passe ses journées dans une grotte, il y a un pas de mammouth que je ne franchirai pas même s'il semble qu'il y ait une cavité plutôt inquiétante sous la cour de récréation de sa petite école!

** Petit message personnel à l'attention de Juliane: J'avoue qu'il faudra que je réfléchisse à la manière dont on peut également transmettre à ses enfants un goût pour les mets différents brûlés grillés (je corrige à la demande de l'intéressée). A mon avis, ça ne change rien à la démonstration précédente puisque tout cela est fait avec énormément d'amour et d'envie de donner. Euh, par contre, plus tard, quand ton petit Loulou fera découvrir son petit monde culinaire à ses grands parents, je ne sais pas vraiment si ceux-ci sauront apprécier comme une merveilleuse preuve d'amour de leur petit-fils la recette des patates sautées ou plutôt des patates brûlées grillées ( comme les a rebaptisé ton petit Loulou à toi!).  :)